Et si public, performance, soirée nocturne, corps et technologie pouvaient coexister?
Avec BEATS [Unfolded], BEATS Collective investit la Société des arts technologiques [SAT] à Montréal pour une soirée déambulatoire mêlant danse contemporaine, arts numériques, performances interactives et musique électronique. Une proposition qui cherche à bousculer les conventions du spectacle, autant dans sa forme que dans la place accordée au public.
Au-delà du spectacle : une démarche curatoriale
Depuis 2018, BEATS Collective développe une pratique à la croisée de la danse contemporaine, de la création sonore et des technologies interactives. Au cœur de ses recherches : le corps, ses comportements et les systèmes qui influencent nos mouvements et nos relations.
Avec [Unfolded], le collectif élargit cette recherche en invitant d'autres artistes à dialoguer avec son univers. La performance originale BEATS, revisitée sous la chorégraphie et la mise en scène de Stefania Skoryna, avec Molly Siboulet-Ryan comme interprète principale, se déploie en trois parties. Entre celles-ci, différentes propositions artistiques viennent prolonger, amplifier ou confronter les thèmes du spectacle.
La programmation s'inscrit dans une véritable démarche curatoriale : plutôt que de juxtaposer des performances, il s'agit de construire une progression narrative à partir de pratiques distinctes.
Cette approche donne notamment lieu à une collaboration internationale avec Amos Peled, dont la performance Phantom Limb détourne une machine d'échographie médicale pour explorer l'intérieur du corps humain. L'instrument de diagnostic devient un dispositif audiovisuel qui révèle une dimension intime, presque inaccessible, de notre anatomie.
Avec Second Self, Myriam Bleau et Nien Tzu Weng explorent l'écran comme prolongement du corps. Portés et manipulés par les interprètes, de petits écrans LED interactifs deviennent interfaces tactiles, masques, miroirs et prothèses, questionnant notre rapport aux objets numériques et à notre propre identité.
Ces propositions font écho à l'univers de BEATS, où la technologie peut autant prolonger les capacités du corps que contraindre ses mouvements.
Courbe émotive de l’événement
Repenser la place du public
L'une des ambitions de BEATS [Unfolded] est de remettre en question la séparation traditionnelle entre scène et public.
La soirée se déploie dans plusieurs espaces scéniques, invitant les visiteurs à circuler, à changer de perspective et à découvrir les performances sous différents angles. Les interventions émergent au fil de la soirée, brouillant les repères habituels : où commence la scène? À quel moment une performance débute-t-elle réellement? Et quand se termine-t-elle?
Cette recherche se concrétise notamment grâce à un plancher de danse interactif, développé lors d'une résidence au LAB7 des 7 Doigts, en collaboration avec le département d'innovation de la SAT.
À la fois instrument, interface et espace scénique, ce dispositif explore les interactions entre les mouvements du public, le son et les éléments visuels. Les visiteurs ne sont plus uniquement spectateurs : leurs actions participent à la transformation de l'espace.
Visualisation du système de positionnement codéveloppé avec la SAT.
Détourner la technologie, brouiller les frontières
Dans l'univers de BEATS, la technologie n'est pas simplement un outil de diffusion ou un effet visuel. Elle participe directement à la dramaturgie.
Le collectif s'intéresse particulièrement au détournement d'objets et de dispositifs existants pour leur attribuer de nouvelles fonctions artistiques.
Un stéthoscope connecté devient une interface sonore. Bâtons lumineux, microscopes et autres objets technologiques quittent leur fonction habituelle pour intégrer un langage scénique hybride.
Ces expérimentations interrogent la relation entre le corps et la machine : à quel moment la technologie cesse-t-elle d'être un outil extérieur pour devenir une extension de nous-mêmes?
L'enjeu n'est pas tant de démontrer les possibilités techniques de ces dispositifs que d'explorer les relations physiques, sensibles et parfois ambiguës que nous entretenons avec eux.
Molly Siboulet-Ryan, l’interprète principale du spectacle BEATS 180, avec le bâton lumineux interactif.
De la performance expérimentale au dancefloor
L'une des particularités de BEATS [Unfolded] réside dans sa rencontre avec la culture nocturne.
Plutôt que de séparer performance contemporaine et musique électronique, le collectif les inscrit dans une même progression. La soirée évolue graduellement : les premières interventions invitent à l'observation et à l'expérimentation, puis les rythmes s'intensifient, les corps se rapprochent et l'espace se transforme.
Cette montée culmine avec fractus, collectif montréalais qui propose une performance audiovisuelle mêlant techno hypnotique, rythmes percussifs et visuels générés en direct.
Le passage de la performance au dancefloor n'est pas une rupture, mais une continuité. Le corps, d'abord observé, analysé ou mis en scène, devient collectif. Le public passe progressivement de l'observation à l'action, jusqu'à prendre possession de l'espace par le mouvement.
En empruntant autant aux codes des arts vivants qu'à ceux du clubbing, [Unfolded] cherche à décloisonner les pratiques et à faire de la fête un prolongement de la performance.
Plus qu'une nouvelle mouture du spectacle, BEATS [Unfolded] constitue un terrain d'expérimentation pour le collectif. Les collaborations artistiques, les dispositifs interactifs et l'occupation de l'espace permettent de tester d'autres rapports entre interprètes, technologies et publics. Une recherche où les frontières deviennent volontairement moins définies : entre celui qui performe et celui qui regarde, entre l'objet et l'instrument, entre la scène et la piste de danse.
À propos de l’événement
Présenté le 12 novembre 2026 à la Société des arts technologiques [SAT], BEATS [Unfolded] est une coproduction du Collectif BEATS et de la SAT, qui s’inscrit dans les célébrations de son 30e anniversaire. L’événement est également présenté dans le cadre du OFF CINARS, en collaboration avec la Biennale CINARS.